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L’avis du Dr Camille Roussel, chirurgien-dentiste spécialisée en orthodontie
« Le diastème, c’est un peu le paradoxe du cabinet dentaire : certains patients arrivent en me suppliant de le fermer, d’autres viennent justement me demander si on peut le préserver, voire le renforcer, parce qu’ils l’associent à leur identité, à leur sourire. Les deux demandes sont totalement légitimes, et mon rôle n’est jamais de leur imposer une norme esthétique, mais de leur expliquer ce qu’implique, ou non, une correction. »
Qu’est-ce qu’un diastème ?
Le diastème désigne un espace visible entre deux dents adjacentes, le plus souvent situé entre les deux incisives centrales supérieures. C’est ce que l’on appelle familièrement les « dents du bonheur ». Selon la définition reprise dans l’article de référence de Wikipédia consacré à l’odontologie, le diastème n’est considéré comme pathologique que s’il provoque une rétention alimentaire ou s’il constitue le signe d’une pathologie dentaire ou osseuse sous-jacente nécessitant un traitement orthodontique.
« C’est la première chose que je clarifie en consultation : dans l’immense majorité des cas, un diastème n’est ni une maladie, ni une malformation grave. C’est une variante anatomique normale, qui devient un motif de consultation uniquement lorsque le patient en est esthétiquement ou fonctionnellement gêné. »
Une situation fréquente, en particulier chez l’enfant
Selon la revue de littérature publiée par la Société dentaire de Québec, rédigée par le Dr Hélène Engel, orthodontiste, dans le bulletin Articulé, la présence de diastèmes antérieurs est un motif fréquemment évoqué par les patients consultant en orthodontie, en particulier lorsqu’il s’agit du diastème interincisif médian maxillaire. Cette même synthèse précise qu’en dentition primaire, la présence d’espaces entre les incisives supérieures est considérée comme un phénomène développemental tout à fait normal, voire favorable à la mise en place ultérieure des dents définitives, généralement plus volumineuses.
« C’est un point que je rappelle systématiquement aux parents inquiets : voir un espace entre les dents de lait de leur enfant n’a, la plupart du temps, rien d’anormal. C’est même plutôt bon signe pour l’arrivée des dents permanentes, qui ont besoin de cette place. »
En matière d’orthodontie plus généralement, une étude relayée par Direct Assurance, citant des données Statista, indique que 35 % des Français auraient déjà bénéficié d’un traitement orthodontique au cours de leur vie, un traitement qui concerne aussi bien les dents trop serrées que les diastèmes.
« Le diastème interincisif fait partie des malpositions dentaires les plus facilement remarquées, y compris par le patient lui-même face au miroir. C’est souvent ce défaut d’alignement précis, plus que d’autres malpositions parfois plus complexes sur le plan fonctionnel, qui motive une première consultation orthodontique. »
Pourquoi un diastème apparaît-il ?
Les causes d’un diastème sont multiples, et leur identification précise conditionne directement le choix du traitement.
- Un frein labial hypertrophique : le frein, ce petit repli de tissu qui relie la lèvre supérieure à la gencive, peut être anormalement épais ou inséré trop bas, empêchant les incisives de se rapprocher naturellement
- Une disproportion entre la taille des dents et celle de la mâchoire : lorsque les dents sont naturellement plus petites que l’espace disponible sur l’arcade, un espace résiduel apparaît
- Une pulsion linguale ou une déglutition atypique : la langue exerce une pression répétée contre les incisives lors de la déglutition ou de la parole, ce qui tend à écarter progressivement les dents
- L’absence ou l’agénésie d’une dent, notamment de l’incisive latérale, qui laisse un espace disponible non comblé
- Une perte osseuse liée à une maladie parodontale, chez l’adulte, pouvant entraîner un déplacement secondaire des dents
« C’est justement cette étape diagnostique qui distingue un bon plan de traitement d’un échec annoncé. Fermer un diastème sans avoir identifié sa cause réelle, en particulier un frein hypertrophique ou une déglutition atypique non traitée, expose quasiment toujours à une récidive. »
Un chiffre à connaître avant tout traitement : le risque de récidive
C’est l’une des données les plus importantes, et pourtant souvent minimisée dans les discours commerciaux autour de la fermeture des diastèmes.
Selon la revue publiée par la Société dentaire de Québec, qui cite les travaux de Morais sur le sujet, un diastème interincisif médian maxillaire traité orthodontiquement récidive dans environ 60 % des cas, un résultat statistiquement significatif.
« Ce chiffre de 60 % de récidive n’est pas une fatalité, mais c’est une réalité clinique que je considère comme malhonnête de cacher à mes patients. Si la cause sous-jacente, souvent un frein labial trop puissant ou une déglutition atypique persistante, n’est pas traitée en parallèle du déplacement orthodontique des dents, l’espace a statistiquement de fortes chances de se rouvrir avec le temps. »
C’est pourquoi une prise en charge sérieuse d’un diastème ne se limite presque jamais au seul rapprochement mécanique des dents.
Les traitements disponibles
Plusieurs approches existent, souvent complémentaires plutôt qu’exclusives les unes des autres.
Le traitement orthodontique
Bagues classiques ou aligneurs transparents permettent de déplacer progressivement les dents pour refermer l’espace. C’est le traitement de référence lorsque le diastème s’inscrit dans une malposition dentaire plus globale nécessitant un réalignement de l’arcade.
La frénectomie
Lorsque le frein labial est identifié comme la cause principale, une frénectomie, petite intervention chirurgicale visant à réduire ou repositionner le frein, est souvent réalisée en complément du traitement orthodontique.
« Le timing de cette intervention est un vrai sujet de débat dans la littérature orthodontique. Certains praticiens la réalisent avant le traitement orthodontique, d’autres après, une fois l’espace refermé, précisément pour limiter le risque de cicatrice fibreuse qui pourrait elle-même gêner le rapprochement des dents. »
La rééducation orthophonique
En cas de déglutition atypique ou de pulsion linguale identifiée comme cause du diastème, un bilan puis une rééducation orthophonique sont indispensables pour corriger le comportement musculaire à l’origine de l’écartement, et ainsi limiter significativement le risque de récidive après traitement.
Les solutions esthétiques directes
Pour les patients ne souhaitant pas ou ne pouvant pas suivre un traitement orthodontique complet, d’autres options existent : le collage de résine composite directement sur les dents pour combler visuellement l’espace, ou la pose de facettes dentaires en céramique, qui permettent de modifier la forme apparente des dents et de refermer l’espace de façon purement esthétique, sans déplacement dentaire réel.
« Ces solutions esthétiques ont l’avantage d’être rapides, en une à deux séances pour le composite. Mais elles ne traitent pas la cause du diastème, elles la masquent visuellement. C’est une option tout à fait valable pour un patient bien informé, mais elle doit rester un choix éclairé, pas une solution de facilité méconnaissant les alternatives. »
La contention après traitement
Une fois l’espace refermé, quelle que soit la méthode utilisée, une contention est presque systématiquement recommandée : une petite attache collée en face interne des dents, permanente ou de longue durée, destinée spécifiquement à prévenir la réouverture de l’espace sur le long terme.
« Compte tenu du taux de récidive documenté, je considère cette étape de contention comme non négociable après la fermeture d’un diastème interincisif chez l’adulte. C’est souvent l’étape la plus sous-estimée par les patients, alors qu’elle conditionne directement la pérennité du résultat obtenu. »
Faut-il vraiment corriger un diastème ?
« C’est peut-être la question la plus importante de toutes, et la réponse n’est pas universelle. »
Sur le plan strictement médical, un diastème isolé, sans rétention alimentaire ni impact fonctionnel sur la mastication ou l’élocution, ne nécessite aucun traitement. La décision relève alors d’un choix esthétique personnel, ni plus ni moins légitime dans un sens que dans l’autre.
« Je reçois autant de patients traumatisés par les moqueries liées à leur diastème pendant l’enfance que de patients qui, à l’inverse, considèrent cet espace comme une signature de leur sourire, parfois inspirés par des figures publiques qui l’assument pleinement. Mon rôle de professionnelle de santé s’arrête à l’information médicale objective : les causes possibles, les traitements disponibles, leurs limites et leur taux de récidive documenté. La décision finale, esthétique par nature, appartient entièrement au patient. »
Quand consulter en priorité ?
Certaines situations méritent une consultation plus rapide qu’une simple démarche esthétique :
- Un diastème apparu récemment et évolutif à l’âge adulte, qui peut signaler une maladie parodontale sous-jacente à explorer
- Une gêne fonctionnelle réelle lors de la mastication ou de l’élocution
- Un diastème associé à une malocclusion plus complexe, nécessitant une analyse orthodontique approfondie avant tout traitement esthétique isolé
- Une agénésie dentaire suspectée, à confirmer par un bilan radiographique
Ce qu’il faut retenir
« Si je devais résumer mon message : un diastème n’est ni une urgence, ni une fatalité à corriger à tout prix. C’est une variante esthétique fréquente, qui mérite avant tout un diagnostic précis de sa cause avant d’envisager un traitement. Et si traitement il y a, le vrai enjeu n’est pas de refermer l’espace une fois, mais de le refermer durablement, en s’attaquant à la cause réelle et en respectant scrupuleusement l’étape de contention. »
Seule une consultation avec un chirurgien-dentiste ou un orthodontiste permet d’évaluer précisément la cause d’un diastème et de déterminer, avec le patient, si un traitement est réellement souhaitable dans sa situation.
Sources
- Société dentaire de Québec — Bulletin Articulé, février 2015, revue de littérature sur le diastème interincisif médian maxillaire
- Wikipédia — Diastème (odontologie)
- Direct Assurance — Combien d’enfants portent un appareil dentaire ? (données Statista)
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation dentaire personnalisée.
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